Fran‡ois Mainguy

Fuite par en avant.

Telle est l’expression utilisée souvent dans le monde des affaires quand un employé veut travailler sur un nouveau projet quand celui en cours n’est pas terminé ou encore veut changer de poste ou encore remet carrément sa démission pour une job “là où le gazon est plus vert”. Il n’y a pas de gazon plus vert il est seulement d’un vert différent.Ça me rappelle un peu les gens qui veulent quitter le Québec. Je ne veux pas les juger mais j’ai certainement mon opinion là-dessus.


Pour mon travail je parcours le monde depuis 10 ans j’ai habité dans quelques pays j’ai vu bien des cultures différentes bien des gouvernements et des systèmes différents (faire des affaires ça fait un debrief plutôt accéléré sur un pays) et bien franchement on est plutôt bien ici.C’est sûr que j’aimerais que le Québec ait la richesse des États-Unis le système de santé de Hong-Kong la pensée verte de l’Allemagne l’immigration de la Suisse (contrairement aux croyances ça marche bien) le dynamisme de la Malaisie la prise en main de la Corée etc. Mais c’est pas du magasinage en ligne où on prend les options A et B mais on laisse tomber C. C’est une question de “package deal” et moi je trouve que le Québec est un maudit bon package deal. On vote encore tout croche pour des ti-counes sans vision long-terme. On a trop de fonctionnaires par M$ dépensé en services per capita. On se gère pas encore super bien. Mais ça reste pas trop mal avec de la perspective considérant aussi où on était en 1950.


Mais ça prend certaines expériences de vie une certaine maturité pour avoir une perspective. Cette perspective peut tout aussi bien nous dire d’aller ailleurs mais de tous mes amis à l’étranger qui y sont depuis un moment ils caressent sérieusement l’idée de revenir. “Ouin c’est pas si pire que ça le Québec finalement.”Faire des compromis ça semble être difficile de nos jours et c’est compréhensible. On priorise tellement le bonheur individuel à travers des valeurs de Hollywood plutôt simplistes: cash pitounes grosse maison gros char. Et il ne faut pas oublier les sports extrêmes avec tout le gear technique griffé !! Certains pensent qu’on peut avoir tout ça ailleurs. C’est leur droit. Mais on oublie souvent les valeurs de base celle qui nous rendent fiers de nous et heureux quand on a 90 ans dans une chaise roulante dans un hospice.Moi je suis un gars bien ordinaire de Neuville qui vient d’une famille très modeste. J’ai saisi toutes les opportunités que le Québec m’a offertes et ça m’a plutôt bien aidé. J’ai appris mon anglais en écoutant la télé et sur le terrain j’ai étudié à fond je me suis intéressé à un paquet d’amis immigrants pour m’ouvrir j’ai démarré ma compagnie avec des VCs québécois et je suis maintenant plutôt riche. J’ai jamais été fort sur le Québec-bashing je suis plus le genre de me prendre en main et fermer ma gueule. Le dicton dit “La critique est aisée mais l’art est difficile.”Le Québec est une oeuvre en cours un “work in progress”. Ça serait dommage de fuir par en avant d’abandonner après les efforts de tant d’autres personnes. Où en serait la Corée du Sud aujourd’hui si sa jeunesse l’avait quittée dans les année 1960-1970 ??


Est-ce que les Québécois sont plus moumounes que les Coréens ? C’est à nous à nous organiser pas à d’autres!Donc à ceux qui veulent partir bonne chance. Je l’ai fait moi-même 2 fois et suis revenu 2 fois. N’oubliez jamais que le “thrill” de s’installer dans un nouveau pays n’est qu’un ersatz de bonheur. On trippe sur la température la bouffe la culture l’architecture la mentalité d’affaires et les autres détails cons. Ça fait son temps en ensuite on doit bien admetttre que le gazon est juste vert différent…—Je termine en mentionnant cette anectode. J’ai rencontré un Québécois et bien d’autres à Banff. Je lui demande s’il y a beaucoup de Québécois comme ça qui travaillent au Banff Center. Il me dit en finissant son ramassage de poubelles:” Mets-en man c’est à peu près 50% des employés. Y’a tellement plus de job icitte qu’au Québec c’est tellement plus hot !!.”. Et moi de lui répondre :”Si c’était ramasser les poubelles que tu voulais faire je suis sûr que tu te serais trouvé une job à Stoneham ou Tremblant!”. Le gaillard étudiant de cégep n’a pas apprécié mon humour. Et je demande plus tard à mon client :”It’s amazing how many Quebecers you have here in Banff.”. Et il me répond en riant :”Yeah they seem to enjoy dishwashing for cheap money !”.

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